Pourquoi je me sens différent dans ma famille ? Comprendre le sentiment de décalage
Se sentir différent au sein de sa famille est très difficile à vivre. Cela entraîne des émotions douloureuses qui peuvent également s'exprimer dans le corps.
C'est un sujet complexe où sont intriqués des facteurs psychologiques et émotionnels.
Que ce soit durant l'enfance, à l'adolescence et même à l'âge adulte, on peut éprouver un décalage à l'égard de sa famille. Ces souffrances peuvent être d'autant plus accrues par le système familial et ses dynamiques : c'est ce que je vous explique dans cet article en tant que psychopraticienne à Maisons-Laffitte.
En bref
- Un sentiment commun : Se sentir en décalage avec les siens n'est pas une anomalie, mais souvent le signe d'une personnalité qui cherche à s'affirmer.
- Le poids de l'héritage : Notre construction dépend de nos premières formes d'attachement et de la place que l'on nous a attribuée dans la fratrie.
- Le rôle des non-dits : Ce sentiment de différence peut aussi être le reflet de secrets ou de mémoires familiales que nous portons inconsciemment.
- Vers l'apaisement : Identifier ces mécanismes permet de transformer cette souffrance en une force pour trouver sa véritable place.
Le mal-être lié à une personnalité divergente
Vous aimez la viande et toute votre famille est végétarien, vous êtes plutôt mince alors que vos parents, vos frères et soeurs sont bien en chair...
D'emblée vous éprouvez un mal-être, vous pouvez malheureusement culpabiliser et cela mettre à mal votre santé mentale; alors que, vous avez le droit d'appartenir à cette famille tout en ayant une manière de ressentir le monde d'une autre façon que celle de votre entourage, et au contraire: il est possible de voir cette divergence comme un enrichissement !
Vous pouvez ressentir sa difference parce que vous êtes :
Plus sensible voire plus introspectif que les membres de votre famille
Avoir des centres d'intérêts à part
Réfléchir plus au sens des choses et aux émotions qui vous traversent
Des valeurs et une vision différente de la vie
Dans une famille, chacun peut endosser une étiquette (médiateur, discret, autoritaire) qui ne correspond peut-être pas à ce qui correspond à la dynamique familiale... et cela peut susciter l'impression d'être à part...
La famille comme lieu de construction de l'identité
L'approche de Freud sur la personnalité
Selon Freud, la famille est le premier lieu de sociabilisation et de construction de l'identité: la gestion des émotions prend une large place et quand un trouble vient perturber l'ordre familial, l'intensité se est d'autant plus vive par l'affectivité qui unit les membres.
- Les relations avec les parents structurent la personnalité
- l'enfant construit son identité en se déterminant et en se différenciant de ses figures d'attachement.
- Les singularités de l'enfant peuvent créer une certaine distance et établir un décalage, ce qui peut entraîner chez l'enfant: souffrance , culpabilité et anxiété.
L'importance de la théorie de l'attachement (John Bowlby)
La qualité de la première forme d'attachement influence la manière dont on se sent intégré dans la famille.
La figure maternelle peut avoir des préférences selon ses enfants et l'attachement prendra une forme différente. Cette dissonnace impactera fortement la manière dont les enfants se ressentiront au sein de la famille.
Par ailleurs, cela détermine, en partie, la manière dont nous nous révélérons dans notre vie amicale et amoureuse.
John Bowlby, médecin psychiatre et psychanalyste britannique du XXème siècle, a fondé la théorie de l'attachement qui peut prendre différentes formes:
1. Le modèle de l'attachement secure
Permet de réguler ses émotions, de posséder une bonne estime de soi, d'avoir de l'empathie, d'intérioriser le sentiment de sécurité et par la suite, de nouer des relations équilibrées et satisfaisantes.
2. Le modèle de l'attachement insecure
Les besoins de l'enfant ne sont pas pris en compte: il n'est ni compris ni écouté et n'a pas de réconfort quand il le demande. Ce type d'attachement peut générer des troubles de la personnalité et de l'agressivité.
La famille peut être aussi synonyme de malaise : Échangez avec une psychothérapeute en visio
3. Le modèle de l'attachement évitant
Les figures d'attachements sont là pour repondre aux besoins matériels de l'enfant mais ne répondent pas présent pour consoler, donner de l'affection, et encore moins pour être compris et écouté. L'enfant n'exprimera pas sa détresse même s'il la vit intensemment.
4. Le modèle de l'attachement désorganisé
Le parent répond à nos besoins de réconfort de manière incohérente; ce qui engendre chez l'enfant un stress et une incertitude quand à la disponibilité des figures d'attachement . Pas de repères; plus tard il est probable que l'enfant développe une immaturité affective et devienne très sensible à l'angoisse de la séparation.
Lire aussi : Le stress : ennemi ou allié de notre équilibre ?
Rôles et dynamiques : quelle est votre place ?
L'ordre de naissance selon Alfred Adler
La théorie d'Alfred Adler, psychothérapeute autrichien du XXéme siècle, souligne que la personnalité peut être influencé par l'ordre dans lequel vous êtes né, plus précisemment par la perception que vous avez de votre position dans la famille.
L'aîné, par exemple, peut d'emblée se sentir responsable de ses frères et soeurs, ils sont plus autoritaires et se retrouvent souvent à des postes de pouvoir à l'âge adulte.
Selon cette même théorie, les enfants du milieu sont davantage rebels tandis que les cadets demandent plus d'attention et sont souvent plus gâtés que les frère et soeurs.
Les étiquettes et la différenciation du "Je"
Il peut arriver que la personne se sente différente au sein de sa famille, parce qu'elle n'arrive pas à concilier son identité avec celles de son entourage.
Murray Bowen, psychiatre américain du XXème siècle et précuseur de la thérapie familiale met le concept de "Différence" au centre de son approche thérapeutique en définissant la famille comme un système gouvernée par deux forces de vie:
- le "Je" qui fait de l'individu un être unique
- le "Nous" qui permet d'être ensemble
Il s'agit de concilier son autonomie émotionnelle tout en restant connecté à sa famille.
Le poids des secrets et du transgénérationnel
Il peut arriver également, que l'enfant soit un écran sur lequel les non-dits de l'histoire familiale sont projetés.
Nous sommes tous issus d'une lignée généalogique dans lequel nous jouons le rôle de "réceptacle" et la transmision inconsciente, de l'ordre du transgénérationnel peuvent nous conduire à faire des choix qui ne sont pas tout à fait les nôtres....
Il s'agit d'un travail de décodage des mémoires familiales, de prise de conscience pour que l'enfant retrouve sa véritable place et pour ce faire, un travail avec un thérapeute est nécessaire pour identifier les fardeaux à rendre afin que la personne puisse s'enraciner dans sa vie individuelle, afin de vivre le meilleur de son existence.
Conclusion : S'affirmer pour mieux se retrouver
La qualité de l'attachement lors de nos premiers jours, les rôles familiaux et le développement de l'identité sont à la manoeuvre lors de notre construction identitaire.
Se sentir différent dans sa famille fait partie d'un processus d'individuation et d'affirmation de soi.
Prendre de la distance pour découvrir qui on est vraiment est un processus normal dont la période charnière est l'adolescence.
Néanmoins; si ce sentiment de décalage perdure et engendre des troubles affectifs, des blessures, il est nécessaire de se faire accompagner par un thérapeute afin de saisir ce qui se passe dans le tissu familial. Alors n'hésitez pas à consulter !


